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reclusEn s'emparant de la Caucasie, le gouvernement russe ne laissa pas le régime de la propriété foncière tel qu'il existait, il lui fit subir de nombreuses modifications, souvent contradictoires, provenant des influences diverses qui se succédaient dans les conseils de Saint-Pétersbourg. En outre, les mesures prises pour la tenure du sol se compliquaient de tous les faits de la conquête, dévastation des cultures, destruction des aoulsi, dépeuplements et repeuplements en masse, colonisations militaires et agricoles.

 

 

Pendant la première période de la domination, toutes les colonies étaient fondées militairement. Composées de Cosaques à la fois paysans et soldats, elles avaient à bâtir les villages et les forts, à cultiver les champs, à creuser les canaux, à tracer les chemins et à veiller sans cesse contre l'ennemi, qui se glissait contre eux, tapi dans les roseaux. On s'étonne de l'immensité du travail accompli par la seule force de ces hommes, qui d'ailleurs devaient souvent souvent changer de stations ou de méthodes, au gré des chefs qu'on leur donnait. Grâce à eux, toute la partie occidentale de la Ciscaucasie est définitivement colonisée; elle le serait d'une manière beaucoup plus complète si le gouvernement n'avait pas longtemps empêché la colonisation pacifique de la contrée par les paysans émigrés de la Russie :c'est par millions que les serfs eussent immigré dans la contrée s'ils avaient été libres de le faire.

Dans toutes les régions caucasiennes déjà peuplées, l'État russe n'eut d'abord d'autre système que de chercher à gagner les princes en leur assurant, la propriété des terres ; seulement, pendant les grandes guerres des montagnes, il fut quelquefois forcé par les circonstances à s'appuyer sur le peuple, en Kabardie et dans le Daghestan, pour le soulever contre son aristocratie : c'est ainsi qu'agit le gouverneur Yermołov; mais ce système fut bientôt abandonné, et pendant la fin du règne de Nicolas on s'occupa surtout de conquérir les bonnes grâces de l'aristocratie locale. En beaucoup d'endroits où le servage n'existait pas; le gouvernement russe l'établit en accordant aux princes des fiefs considérables. C'est ainsi que les princes kabardes, jouissant autrefois de l'usufruit de vastes cultures, au milieu de communautés où tous avaient leur part du sol, se trouvèrent tout à coup transformés en propriétaires suivant le droit romain, et tel d'entre eux reçut en principauté un domaine de vingt mille, de cinquante mille, de cent mille hectares : le gouvernement dut même racheter des terres à ces potentats, soit pour les distribuer à des Cosaques, soit pour en doter les communes après l'abolition du servage. Il est vrai qu'en 1865 il fut décidé en principe que la terre appartiendrait en entier au peuple des communes,; mais en pratique on maintint le régime de la grande propriété, et dans la Kabardie seule 140 lots, chacun d'environ 560 hectares, furent réservés aux personnages pouvant être utiles au gouvernement, par leurs services personnels ou par leur influence; en outre, tous les officiers de l'armée reçurent des lots de terre en toute propriété, en dehors des terrains attribués aux communes. Quant aux forêts et aux prairies, elles restèrent indivises. Ainsi se trouvait constitué un état de choses analogue à celui de la Russie : au-dessous de la classe des grands propriétaires, ayant chacun son domaine distinct, vit la classe des paysans se partageant les terres suivant la méthode de rotation communale. La moyenne de l'impôt que les paysans payent à l'État est de trois roubles par famille.

L'esclavage, qui existait dans la plupart des contrées de la Caucasie sous des formes diverses, fut d'abord aggravé sous le régime russe, et quand il fut aboli, après 1866, ce fut à de très rudes conditions pour les affranchis. En vertu de « contrats libres », les affranchis furent astreints à payer aux propriétaires, soit deux cents roubles, soit six années de travail ; les enfants au-dessous de quinze ans furent redevables de cent cinquante roubles ou de dix années de labeur forcé. Lorsque l'esclave était en même propriétaire de bétail ou de mobilier, on en fit trois parts, dont une seule pour l'affranchi. Il en est résulté une grande misère, surtout dans la région des plaines1.

Les richesses agricoles- de la Caucasie sont déjà suffisantes pour alimenter un commerce notable d'exportation. Tandis qu'avant l'abolition du servage les terres de l'Imereth ne se vendaient que de 22 à 28 roubles l'hectare, elles valent maintenant dix fois plus; mais celles de l'orient, dans les bassins de la Koura et de l'Araxe, menacées soit par les orages, soit par les sauterelles, ont moins rapidement augmenté de valeur. Les céréales, produites en surabondance, sont employées .en grande partie à la fabrication des alcools. Bien plus que la Bessarabie, la Crimée et la vallée inférieure du Don, la Caucasie est le « vignoble » de l'empire russe ; en 1875, l'étendue des vignes n'y dépassait pas encore 84 830 Hectares2; mais la surface du territoire que les agriculteurs caucasiens pourraient employer à la propagation des ceps est certainement supérieure à celle des régions vinicoles de la France, et jusqu'à maintenant le phylloxéra n'a fait que peu de ravages dans les vignobles du Terek et du Rion3 le fléau le plus redouté des viticulteurs du pays est toujours l'oïdium. Les vins du Caucase fournissent à la Russie la plus forte part de ses vins nationaux, en boissons de table, telles que les bons crus de Kakhet, et en liqueurs servant au coupage, comme les vins de Kislar et du bas Terek4; à Vardzie, dans le district d'Akhalzikh, on cultive la vigne jusqu'à l'altitude de douze cents mètres5. Le tabac devient une des cultures importantes de la Caucasie, puisque la surface des terres employées à la production de cette denrée était en 1876 de 3 956 hectares, produisant plus de 1 700 000 kilogrammes de feuilles : l'exportation des marchés de la mer Noire consiste principalement en tabac. Les plaines de la Transcaucasie fournissent aussi aux filatures russes une partie, bien minime encore, du coton qui leur est nécessaire. Pendant la guerre d'Amérique, la production s'éleva rapidement, et la vente du coton en Angleterre valut aux marchands de la Caucasie un bénéfice d'environ 2 millions de roubles ; mais trop soudainement enrichis, et comptant sur une vente trop facile, ils ne surent pas donner à l'expédition de leurs denrées le soin et la régularité que demandent les importateurs de Manchester, et bientôt le coton caucasien fut banni des marchés de l'Occident6. Les soies grèges de Noukha et de Chemakha sont très appréciées, surtout[ par les tisseurs français, et depuis que la maladie a ravagé les magnaneries du sud de la France, la Transcaucasie orientale est un des pays du monde les plus importants pour la production de la bonne « graine »; en 1848, des fileuses de France furent invitées à s'établir en diverses villes de la Transcaucasie, à Zougdidi, à Noukha, à Chemakha, pour enseigner aux femmes indigènes l'art de dévider la soie7. Pour un grand nombre de denrées, pour les fruits et les primeurs, la Caucasie est destinée à prendre à l'égard de la Russie le même rôle commercial que l'Algérie à l'égard de la France. La chaleur est tropicale dans. la vallée de l'Araxe, et partout où le sol est suffisamment arrosé, les récoltes sont admirables. Les climats se superposent sur les pentes des montagnes de la Caucasie et par conséquent les cultures diverses peuvent se succéder à peu de distance les unes des autres. Il faut traverser le plateau de l'Iran, au Sud des campagnes transcaucasiennes, avant de retrouver, sur les bords du golfe Persique, la flore d'Ordoubat à de Lenkoran.

1Sbornik Sv'ed'eniy o kavkazskikh Gorizakh, I, 1868; II, 1869; III, 1870; V, 1871.

2Surface des vignobles dans la Caucasie en 1875 :

Province du Terek. 14 810 hect. Gouvernement de Tiflis. 18 595 hect.

Gouvernement de Koutaïs 54 900 » Autres provinces 16725 »

3Bock, Russische Revue, 1878, n° 8

4Production des vignobles caucasiens en 1875 : 1 263 000 hectolitres.

5Sbornik Sv'ed'eniy o Kavkaze, III, 1875.

6Production moyenne du coton en Caucasie, d'après Radde, 480 tonnes.

7Borozdin, Zapiski kavkazskavo Old'ela, n° VII, 1866.

iVillage fortifié (mot tchétchène)

Fièvres du Caucase

Fièvres du Caucase

Tag(s) : #Arménie