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Les montagnes qui entourent la plaine où s'étendait jadis le lac d'Erzeroum sont en grande partie d'origine ignée, et çà et là on voit sur les crêtes se dresser des cônes de scories d'une régularité parfaite ; mais les courants de lave sont rares : à cet égard, ces volcans ne peuvent se comparer à ceux de l'Arménie orientale, à l'Ararat, au Tendourek, au Seïban, ni surtout à l'Alagöz, dont le manteau de laves a plus de 150 kilomètres en circonférence. Aux portes mêmes d'Erzeroum, près des monts qui enceignent la partie méridionale du bassin, s'élève un volcan dont le cratère était jadis rempli d'eau; la pression de la masse liquide a rompu la paroi septentrionale de la coupe et creusé un ravin qui s'ouvre au nord vers les marais du Kara sou. Le plus haut et le plus remarquable de ces volcans par sa belle forme conique, rappelant celle du Vésuve, est le Sichtchik, qui se dresse au nord-ouest d'Erzeroum dans la chaîne du Ghiaour-dagh , à plus de 1100 mètres au-dessus de la plaine et à 3184 mètres d'altitude totale : il est presque en entier formé de cendres meubles très pénibles à gravir. Au milieu du cratère, beaucoup plus grand que celui du Vésuve actuel, s'élève un cône de scories, masse brune et noire, entouré d'une prairie circulaire que le printemps orne de fleurs. Bien abrité des vents du nord, qui retardent et appauvrissent la végétation des sommets environnants, le vallon annulaire compris entre les parois extérieures du Sichtchik et le cône central, possède la flore la plus riche en espèces et la plus éclatante en couleurs de toute la région1.

Des montagnes disposées en forme de chaîne, dont la direction générale est parallèle au littoral de la mer Noire, accompagnent au nord la vallée du Kara sou pour aller se perdre à l'ouest dans le plateau de Sivas. Plusieurs massifs, ayant chacun leur nom particulier, s'élèvent sur le parcours de cette chaîne, le Paryadres des anciens, mais l'appellation générale qu'on lui donne est ordinairement celle de Kop-dagh, d'après une montagne (3300 mètres) que contourne à l'est et au nord la route carrossable d'Erzeroum à Trébizonde; le col que franchit ce chemin, le plus remarquable de la Turquie comme œuvre d'ingénieur, est à la hauteur de 2700 mètres, presque l'altitude du Stelvio, dans les Alpes centrales. Au nord s'ouvre la vallée du Tchorouk, qui forme, avec celle du Kharchout ou rivière de Goumîch-khaneh, une dépression semi-circulaire d'une étonnante régularité. Du port de Batoum, près duquel le Tchorouk tombe dans la mer Noire, à Tireboli, situé à l'embouchure du Kharchout, on peut cheminer comme par une immense avenue entre deux rangées de pics : on n'a qu'à traverser un col de 1900 mètres, près du village de Vavoug, entre les sources des deux rivières. Le vaste croissant circonscrit par ces cours d'eau est occupé par une rangée de hautes montagnes, les Alpes pontiques, dont une cime, au sud-est de Rizeh, le Khatchkar, dépasserait 3600 mètres; un col voisin a 3268 mètres, d'après Koch. Dans cette région du Lazistan, les sentiers sont obstrués par les neiges pendant plus de six mois : « les oiseaux eux-mêmes, disent les indigènes, ne peuvent voler en hiver par-dessus la montagne2. » A l'ouest du Kharchout, les montagnes qui longent la côte vers le Kizîl Irmak sont moins élevées que les Alpes du Pont; néanmoins elles sont encore assez hautes pour rendre les communications difficiles de l'un à l'autre, et de distance en distance elles projettent vers la mer de hauts promontoires entre les vallons du littoral. Une de ces limites naturelles est le Yasoun bouroun, ou le « cap de Jason »; le rocher porte encore le nom du navigateur légendaire qui dirigea sa nef vers la mystérieuse Colchide. Des traces nombreuses d'anciens glaciers, moraines, parois striées et moutonnées, se voient dans les hautes vallées des Alpes pontiques : les laves, les porphyres et autres roches éruptives qui constituent ces montagnes et celles qui se prolongent à l'ouest du Kharchout vers le Ghermili ou l'ancien Lycus, ont été rayés par le burin des glaciers. Partout dans cette région l'activité volcanique paraît avoir eu lieu avant la période glaciaire; les seuls indices des foyers souterrains sont de fréquents tremblements de terre et la présence de nombreuses sources thermales qui jaillissent à la base des monts et dans les hauts3. D'après Strecker, le sommet du Kolat-dagh (2900 mètres), qui se dresse sur la crête de la grande chaîne, à plus de 50 kilomètres au sud de Trébizonde, serait le mont Théchès, d'où les Dix Mille, commandés par Xénophon, aperçurent enfin la mer et la saluèrent de cris joyeux comme le terme de leurs maux. Mais cette croupe n'est point d'un accès facile pour une armée avec tous ses bagages et ses convois d'approvisionnements, et sur le versant septentrional la descente du Kolat-dagh est impraticable. C'est plus près de la mer et sur un seuil traversé par route ou sentier qu'il faut chercher le lieu, si souvent mentionné par les anciens, d'où les Grecs virent à leurs pieds les verdoyants rivages et l'étendue des eaux resplendissantes. Cependant il existe au sud du Kolat-dagh et même du col de Vavoug, tout près du chemin que durent suivre les Grecs, une montagne de 2400 mètres d'altitude, du sommet de laquelle on voit parfaitement la mer; sur la plus haute croupe s'élève un tertre de blocs porphyriques d'une dizaine de mètres, entouré d'autres amas en forme de cônes tronqués. M. Briot, qui découvrit ce monument, le considère comme une butte commémorative dressée par les Grecs, et la croupe qu'elle surmonte serait le mont Thèchès 4.

L'immense labyrinthe des Alpes d'Arménie ou de l'Asti-Caucase, qui occupe toute la région comprise entre le bassin de la Koura transcaucasienne, la mer Noire et le haut Euphrate, embrasse aussi, au sud et au sud-ouest de l'Ararat, le vaste bassin du lac de Van et la contrée qui l'entoure jusqu'à la frontière persane. Le sol de cette région est partout très élevé. Au sud du Perli-dagh, une dépression du plateau renferme un lac, le Balik-göl, ou « lac des Poissons », dont l'altitude n'est pas moindre de 2257 mètres ; un torrent en épanche le trop-plein dans un tributaire de l'Araxe. Le Mourad ou Euphrate méridional, qui coule au sud de ce bassin lacustre, parcourt, à 2000 mètres, une âpre vallée resserrée entre les blocs de lave descendus des cratères et des crevasses volcaniques. Les escarpements arides, les pitons déchirés qui dominent les éboulis, donnent un aspect sauvage, presque terrible, à ces solitudes pierreuses., Au nord s'élève la masse puissante de l'Ararat aux roches noires rayées de neige; au sud se prolonge une chaîne moins élevée, mais de pente formidable.

 

1 Moritz Wagner, ouvrage cité.

2 Strecker, mémoire cité.

3 Palgrave, Essays on Eastern Questions.

4 Briot, Notes manuscrites.

Tag(s) : #Arménie