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L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (13)

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L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (2)

L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (1)

reclus2En aval du confluent des deux Euphrate, Mourad et Kara sou, le fleuve garde encore pour les indigènes le nom de Mourad, qui lui vient, dit-on, des nombreux châteaux forts que fit élever le sultan Mourad Ier sur les collines de ses bords ; l'appellation de Frat, qui est celle du Kara sou, n'est donnée communément aux eaux réunies qu'à leur entrée dans la plaine. Nulle grande ville ne s'élève à la jonction : Kyeban-maden, qui se trouve à une faible distance en aval, sur la rive gauche, ne doit évidemment son origine qu'aux mines de plomb argentifère, récemment abandonnées, qui se trouvent dans les montagnes des alentours, car elle est bâtie au milieu des rochers, dans un cirque sans arbres, même sans broussailles, n'offrant aucun avantage naturel. Les falaises qui resserrent le fleuve de distance en distance empêchent aussi la construction des chemins, et c'est plus haut, sur les plateaux et dans les vallées latérales, que passent les caravanes et que s'élèvent les agglomérations urbaines avec mosquées et forteresses. Dans l'espace triangulaire limité par les deux Euphrate, la ville principale est l'antique Hierapolis, Tchemech-gadzak ou « Patrie de Tzimiscès », qu'entourent de trois côtés des roches gréyeuses percées de grottes, qui servaient autrefois d'habitations. Sur les plateaux de l'ouest, la grande ville d'Arabkir, ou « Conquête Arabe », qui, dans la langue des compatriotes de Mahomet, est celui de toute la péninsule d'Anatolie1, occupe, à 3 kilomètres au sud d'une « ancienne cité» ou Eski chehr, le fond d'une dépression environnée d'escarpements d'un basalte noir; mais l'industrie des habitants a changé le gouffre sombre en jardin; les murs formidables de l'enceinte de laves n'apparaissent qu'à travers la verdure des grands arbres. Non moins actifs que les jardiniers d'Arabkir, ses tisseurs importent même du fil d'Angleterre pour leurs métiers de cotonnades. La région péninsulaire limitée au nord par le Mourad, à l'ouest et au sud par le grand coude que forme l'Euphrate à sa sortie des montagnes tauriques, est commandée par la ville forte de Kharpout (Karberd), dont la colline escarpée se dresse au-dessus d'une plaine fertile et cultivée avec soin, qui produit tous les fruits de la zone tempérée. Au milieu de cette riche campagne est la ville de Mezereh, appelée aussi «Nouvelle Kharpout». Le « collège d'Arménie », fondé à Kharpout par des missionnaires américains, est le principal établissement d'instruction publique dans les contrées de l'Arménie et du Kourdistan. Des bandes d'émigrants descendent chaque année des hautes terres d'Arabkir et de Kharpout pour chercher fortune à Constantinople, Diarbekir, Damas, Alep et les villes de la côte; presque dans chaque maison d'Alep on trouve des serviteurs venus d'Arabkir.

Dans la partie sud-orientale des plateaux de l'Arménie, la plus grande cité a donné son nom au lac de Van. Elle est située à 3 kilomètres environ de la rive, dans une plaine unie, entourée au nord, à l'est et au sud d'escarpements calcaires sans végétation. Une roche isolée, aride comme une scorie, coupée de failles dans toute sa hauteur, percée de trous et de cavernes, élève au-dessus des maisons à terrasses ses parois blanches et rouges qui brillent au soleil d'une lumière aveuglante. La cité proprement dite est limitée sur les trois côtés de la plaine par de larges fossés et par une double enceinte de murs crénelés, flanqués de tours. Mais la ville extérieure, celle des Baghlar ou « Jardins », est beaucoup plus considérable et s'étend à plusieurs kilomètres : c'est la région fertile qui a donné naissance au proverbe : « Van dans ce monde et le paradis dans l'autre ! » Des ruisseaux parcourent la plaine et y entretiennent une riche végétation d'arbres à fruits, de trembles et autres espèces à branchage étalé. En été, presque toute la population quitte la ville fermée pour se rendre dans le quartier des jardins, dont les merveilles restent inconnues du voyageur qui passe; les maisons et les murs élevés qui bordent les chemins et leurs rangées de saules, arrêtent la vue des massifs de verdure et de fleurs. Le vin que donnent les raisins de Van est léger et très agréable au goût. Les femmes du pays tissent une espèce de moire en poil de chèvre, imperméable à l'eau et très justement appréciée, même à Constantinople'2

N' 56. — LAC DE VAN.

56 lac de van

D'après Kiepert et Koch

1 : 1500000  C. Perron.

1 Taylor, Journal of the Geographical Society, 1868; — L. Metchnikov, Notes manuscrites.

2 Millingen, ouvrage cité.

La ville et la citadelle de Van

La ville et la citadelle de Van

Tag(s) : #Arménie