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L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (12)

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L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (1)

reclus2Au sud et au sud-ouest du bassin, jadis lacustre, dans lequel s'unissent le Mourad-tchaï et le Charian-tchaï, venu des plateaux de Pasin, entre Hassan-kaleh et Topra-kaleh, le cours du haut Euphrate oriental n'a pas encore été exploré dans son entier, quoique de nombreux voyageurs l'aient traversé : nulle grande route de caravanes ne se dirige dans le sens de cette haute vallée fluviale, et les tribus kourdes, plus sauvages, y sont aussi plus redoutées qu'ailleurs; de grands vides se montrent encore sur les cartes détaillées de la région. D'ailleurs, bourgs et villages sont rares dans cette contrée montueuse, où la population a beaucoup diminué depuis que tant d'Arméniens se sont volontairement exilés de leur patrie. Melezgherd ou Manazgherd, qui se trouve au bord d'une « rivière Saline » (Touzla sou), tributaire méridional de l'Euphrate, fournit de sel une grande partie de l'Armenistan. Mouch, la capitale du pachalik qu'arrose le Mourad, n'est pas située sur le fleuve, mais dans une vaste plaine latérale, à l'issue d'une gorge de rochers rouges, que dominent des montagnes nues, blanches de neige pendant six mois. A une altitude moindre de 500 mètres que celle d'Erzeroum, Mouch jouit d'un climat moins rude, des arbres fruitiers croissent dans les jardins; des vignes même gravissent les talus qui s'appuient aux rochers. La citadelle ruinée fut autrefois la résidence de ces Mamigoniens, que gouvernaient des princes venus du Djenasdan, c'est-à-dire de la Chine, dans les premiers siècles de l'ère vulgaire1. Deux illustres Arméniens sont nés dans le district de Mouch : Mezrop, l'inventeur d'un alphabet haïkane, et l'historien Moïse de Khorène.

Après avoir reçu l'affluent de la plaine de Mouch, un Kara sou qui s'épanche silencieusement d'un cratère « insondable » ouvert au milieu de la plaine, le Mourad s'engage dans un défilé où il tombe en cascade : le fracas de l'eau brisée retentissant sur les rocs a fait donner au village le plus rapproché de la chute le nom de Gourour ou Kourkour. Le fleuve, quoique déjà fort abondant, n'est point navigable : en se heurtant contre les rochers, il tournoie en de longs remous, puis descend en rapides à travers les écueils; des montagnes transversales à son cours ne lui laissent en certains endroits qu'une fissure entre des parois verticales ou des escarpements abrupts, élevés de plusieurs centaines de mètres. Près du village d'Akraklî, le Mourad n'a plus qu'une largeur de « vingt pas »2. Il ne commence à prendre un caractère de fleuve à lit régulier qu'en aval de Palou, mais les tentatives de navigation faites de cette ville jusqu'au confluent des deux Euphrate par Moltke et Mühlbach n'ont pas réussi; le courant du fleuve, qui se trouve encore à 868 mètres d'altitude devant Palou, est trop incliné pour qu'une barque puisse s'y aventurer sans danger; les pêcheurs ne se servent que de kellek, minces planches de lattes réunies par des cordes et soutenues par des outres en peau de mouton : six de ces flotteurs portent quatre hommes au-dessus des remous et des rapides. Le dernier pont du fleuve en amont de Hilleh est celui de Palou; au-dessus, sur la terrasse méridionale, se montrent les maisons, dominées par un pittoresque château, que la légende dit avoir été bâti par les génies, et près duquel se voient sur un rocher des inscriptions cunéiformes. La ville est environnée de vignobles, qui donnent le meilleur vin de l'Arménie; au sud-est, se trouvent les forges importantes de Sivan-maden, établies au milieu d'un pays si riche en fer, qu'il n'est pas même nécessaire d'y creuser des mines : collines et vallées sont parsemées de blocs d'un minerai noir, qui suffiraient pendant des siècles au travail de l'usine3. Près de Sivan-maden, le seuil de partage entre Tigre et Mourad est à un kilomètre à peine de ce dernier fleuve, profondément encaissé dans sa cluse de rochers. Le principal affluent du nord est le Mezour sou, que domine, près de la jonction, le massif igné de Takhtik. Le misérable hameau de Mazgherd, où Taylor reconnaît le nom iranien de Hormuz-gherd ou « Cité d'Ormuzd », groupe ses cabanes dans un bassin de cendres, au pied d'une plateforme de basalte où s'élevait jadis un autel du Feu, visible à une distance énorme. Les débris des constructions sacrées sont baisés avec dévotion par les Kizîl-bach et les Arméniens des alentours4.

1 Saint-Martin Mémoire sur l'Arménie

2 Mühlbach, Karte von einem Theile des Euphrats bei Palu; — Carl Ritter, Asien, vol. X.

3 Von Moltke, Briefe über Zustände und Begebenheiten in der Türkei.

4 Taylor, Journal of the Geographical -Society, 1868.

N' 55. — CONFLUENT DES DEUX EUPHRATE.

N' 55. — CONFLUENT DES DEUX EUPHRATE.

Tag(s) : #Arménie