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L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (14)
L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (13)
L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (12)
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L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (3)
L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (2)
L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (1)
La ville murée est parfois désignée
sous le nom de Chemiran ou Semiram, comme tant d'autres lieux du Kourdistan et de la Perse, villages, vallées ou montagnes; l'histoire nous apprend en effet qu'avant de s'appeler Van, d'après un
roi arménien, qui fut son deuxième fondateur, la ville était désignée spécialement comme la « Cité de Sémiramis .» ou Semiramgherd. L'ancien historien Moïse de Khorène, qui vit les
magnifiques palais dont la fondation était attribuée à la souveraine fameuse, raconte qu'elle avait fait venir d'Assyrie 60 architectes et 42 000 ouvriers, et que cette armée de maçons et
d'artistes travailla pendant cinq années à la construction de palais et de jardins qui devinrent l'une des « merveilles du monde ». C'est là que Sémiramis établit sa résidence d'été pour jouir de
l'air pur des montagnes. Il ne reste plus trace des édifices assyriens, mais le rocher de Van n'en offre pas moins une mine inépuisable de recherches. La puissante masse de calcaire nummulitique,
longue de 600 mètres et s'élevant à près
ROCHER ET CITADELLE DE VAN. - VUE GÉNÉRALE.
Dessin de Taylor, d'après une photographie M. Barry (mission de M. Chantre).
de cent mètres au point culminant, se divise en trois massifs principaux, ayant chacun galeries, escaliers, cryptes, inscriptions. A toutes les hauteurs, des lignes de caractères cunéiformes se voient sur les parois. Le premier savant qui les copia, Schulz, assassiné peu de temps après en pays kourde, avait dû s'installer sur un minaret pour étudier les lettres au télescope; c'est au moyen de cordages et d'échelles suspendues au-dessus du vide que M. Deyrolle put les atteindre et en prendre les estampages. Une des inscriptions, trilingue comme celle de Bisoutoun, raconte presque dans les mêmes termes les hauts faits de Xerxès, fils de Darius; mais des écritures beaucoup plus anciennes échappèrent longtemps aux tentatives d'explication. Grâce aux patients efforts de M. Guyard et du professeur Sayce, on en possède maintenant toute une série de lectures; ces textes en arméniaque ou vieil arménien ne sont plus un mystère et peu à peu se dévoileront les événements racontés par les archives de marbre. Dans les environs de Van, d'autres rochers portent aussi des inscriptions, dont plusieurs attendent leurs interprètes. Dans une des salles intérieures du rocher de Van suinte une fontaine de bitume1. Au sud-est de Van, une autre forteresse assyrienne, Topra-kaleh, fière construction de blocs basaltiques posée sur un rocher calcaire, a été récemment explorée par MM. Chantre et Barry.
Du haut des fortifications, qui forment trois principaux groupes de murailles et de tours, on contemple le vaste amphithéâtre des montagnes et la nappe bleue du lac, dans laquelle se reflète le cône blanc du Seïban-dagh. Au delà, la bourgade d'Akhlat occupe le rivage d'une baie, à l'endroit où la route de Mouch et de l'Euphrate s'élève vers le seuil occupé par les eaux du Nazik. Ce n'est plus que le faible reste d'une cité jadis populeuse, dont les ruines sont éparses au milieu des jardins et qu'entourent des nécropoles creusées dans les roches gréyeuses des alentours. A l'orient de Van. le bourg d'Ertchek, autour duquel des corbeaux vénérés volent par myriades2, domine la rive méridionale du lac d'Ertchek ou Ertech, et par delà se profile la rangée de montagnes qui sert de frontière entre les deux empires et que traverse le « col du Coupe-Gorge », bien connu des Kourdes pillards; sur le versant iranien se trouve le poste militaire de Kotour, appartenant jadis à la Turquie et réuni à la Perse par le traité de Berlin, avec un territoire d'un millier de kilomètres carrés. La dernière vallée turque, qui commence sur le revers méridional des montagnes de Bayazid, est l'admirable plaine d'Abaga, dont les campagnes verdoyantes contrastent avec les escarpements des monts neigeux.
Au sud-ouest de Van se montre l'île montueuse d'Aktamar, jadis péninsule, que la crue graduelle a séparée de la terre ferme et qui en est éloignée maintenant de 4 kilomètres. Là résidèrent longtemps des rois arméniens, auxquels est due l'église du dixième siècle, qui s'élève au milieu de l'île : c'est la plus belle, la plus riche de l'Arménie turque; ses patriarches prétendirent rivaliser en dignité avec ceux d'Etchmiadzin. Au sud de Van, dans une vallée tributaire du lac, est un autre monastère fameux, celui de Yeddi-kilissa ou des «Sept Églises »; les jeunes Arméniens de riche famille y sont élevés dans un collège rival de l'école normale de Van, et comme elle établi sur le modèle des institutions scientifiques de l'Occident3 ; dans ces régions écartées l'instruction est plus répandue qu'on ne pourrait s'y attendre; souvent le voyageur européen est salué en français par les paysans haïkanes4. Les Arméniens de la contrée sont grands voyageurs : des milliers ont visité Bagdad, Alep, Constantinople, Vienne, Paris. Les villages de la côte méridionale du lac envoient chaque année des centaines de portefaix sur les quais de Stamboul et des cités de la mer Noire; les tailleurs de pierre, très habiles dans leur métier, descendent aussi par groupes du haut de leur plateau. Il est naturel que les montagnards soient attirés vers les riches plaines qui s'étendent au pied de leurs montagnes et vers lesquelles les conduit le cours des ruisseaux, s'élançant vers le Tigre, l'Euphrate et le Pont Euxin5. En 1837, on évaluait à plus de trente mille le nombre des émigrés du district de Van, ouvriers ou commerçants, et le mouvement annuel de retour s'élevait en moyenne à 3000 personnes6.
1 Loftus, Turko-persian frontier.
2 Ernest Chantre, Mission scientifique dans l'Asie occidentale.
3 Deyrolle, Tour du Monde, 1876.
4 Fanshawe Tozer, Turkish Armenia and Eastern Asia Minor.
5 Carl Ritter, Asien, vol. X.
6 Villes principales du Pont et de l'Arménie turque, avec leur population approximative :
| VILAYET DE TRÉBIZONDE. | Erzendjan, d'après Brandt . | 15 000 hab. | |
| Trébizonde, d'après Tozer. | 32 000 hab | Baïbourt, d'après Tozer | 10 000 » |
| Kerasonde, d'après H. de Hell . | 4 000 « | Bayazid | 2000 |
| Tireboli | 3 000 » | VILAYET DE KHARPOUT. | |
| Gumich-khaneh. | 3 000 » | Arabkir, d'après Taylor. | 35 000 » |
| Platana | 2 500» | Kharpout, d'après Tozer. | 25 000 » |
| Rizeh | 2 500» | Divrighi | 10 000 » |
| VILAYET DE VAN. | Eghin, d'après H. de Hell. | 8 500 » | |
| Van, d'après Tozer | 30 000 hab | Palou, d'après Tozer | 7 500 » |
| Mouch, d'après Tozer. | 15 000 » | Tchemech-gadzak, d'ap. Taylor. | 4 000 » |
| VILAYET D'ERZEROUM. | Arghana, d'après Brant. | 3 500 » | |
| Erzeroum, d'après Tozer | 20 000 » | Kyeban-maden, d'après Brant . | 2 500 » |
L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (13)
L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (12)
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L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (4)
L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (3)
L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (2)
L'Arménie occidentale. Élisée Reclus (1)
En aval du confluent des deux Euphrate,
Mourad et Kara sou, le fleuve garde encore pour les indigènes le nom de Mourad, qui lui vient, dit-on, des nombreux châteaux forts que fit élever le sultan Mourad Ier sur les collines de ses
bords ; l'appellation de Frat, qui est celle du Kara sou, n'est donnée communément aux eaux réunies qu'à leur entrée dans la plaine. Nulle grande ville ne s'élève à la jonction : Kyeban-maden,
qui se trouve à une faible distance en aval, sur la rive gauche, ne doit évidemment son origine qu'aux mines de plomb argentifère, récemment abandonnées, qui se trouvent dans les montagnes des
alentours, car elle est bâtie au milieu des rochers, dans un cirque sans arbres, même sans broussailles, n'offrant aucun avantage naturel. Les falaises qui resserrent le fleuve de distance en
distance empêchent aussi la construction des chemins, et c'est plus haut, sur les plateaux et dans les vallées latérales, que passent les caravanes et que s'élèvent les agglomérations urbaines
avec mosquées et forteresses. Dans l'espace triangulaire limité par les deux Euphrate, la ville principale est l'antique Hierapolis, Tchemech-gadzak ou « Patrie de Tzimiscès », qu'entourent
de trois côtés des roches gréyeuses percées de grottes, qui servaient autrefois d'habitations. Sur les plateaux de l'ouest, la grande ville d'Arabkir, ou « Conquête Arabe », qui, dans la langue
des compatriotes de Mahomet, est celui de toute la péninsule d'Anatolie1, occupe, à 3
kilomètres au sud d'une « ancienne cité» ou Eski chehr, le fond d'une dépression environnée d'escarpements d'un basalte noir; mais l'industrie des habitants a changé le gouffre sombre en jardin;
les murs formidables de l'enceinte de laves n'apparaissent qu'à travers la verdure des grands arbres. Non moins actifs que les jardiniers d'Arabkir, ses tisseurs importent même du fil
d'Angleterre pour leurs métiers de cotonnades. La région péninsulaire limitée au nord par le Mourad, à l'ouest et au sud par le grand coude que forme l'Euphrate à sa sortie des montagnes
tauriques, est commandée par la ville forte de Kharpout (Karberd), dont la colline escarpée se dresse au-dessus d'une plaine fertile et cultivée avec soin, qui produit tous les fruits de la zone
tempérée. Au milieu de cette riche campagne est la ville de Mezereh, appelée aussi «Nouvelle Kharpout». Le « collège d'Arménie », fondé à Kharpout par des missionnaires américains, est le
principal établissement d'instruction publique dans les contrées de l'Arménie et du Kourdistan. Des bandes d'émigrants descendent chaque année des hautes terres d'Arabkir et de Kharpout pour
chercher fortune à Constantinople, Diarbekir, Damas, Alep et les villes de la côte; presque dans chaque maison d'Alep on trouve des serviteurs venus d'Arabkir.
Dans la partie sud-orientale des plateaux de l'Arménie, la plus grande cité a donné son nom au lac de Van. Elle est située à 3 kilomètres environ de la rive, dans une plaine unie, entourée au nord, à l'est et au sud d'escarpements calcaires sans végétation. Une roche isolée, aride comme une scorie, coupée de failles dans toute sa hauteur, percée de trous et de cavernes, élève au-dessus des maisons à terrasses ses parois blanches et rouges qui brillent au soleil d'une lumière aveuglante. La cité proprement dite est limitée sur les trois côtés de la plaine par de larges fossés et par une double enceinte de murs crénelés, flanqués de tours. Mais la ville extérieure, celle des Baghlar ou « Jardins », est beaucoup plus considérable et s'étend à plusieurs kilomètres : c'est la région fertile qui a donné naissance au proverbe : « Van dans ce monde et le paradis dans l'autre ! » Des ruisseaux parcourent la plaine et y entretiennent une riche végétation d'arbres à fruits, de trembles et autres espèces à branchage étalé. En été, presque toute la population quitte la ville fermée pour se rendre dans le quartier des jardins, dont les merveilles restent inconnues du voyageur qui passe; les maisons et les murs élevés qui bordent les chemins et leurs rangées de saules, arrêtent la vue des massifs de verdure et de fleurs. Le vin que donnent les raisins de Van est léger et très agréable au goût. Les femmes du pays tissent une espèce de moire en poil de chèvre, imperméable à l'eau et très justement appréciée, même à Constantinople'2
N' 56. — LAC DE VAN.
D'après Kiepert et Koch
1 : 1500000 C. Perron.
1 Taylor, Journal of the Geographical Society, 1868; — L. Metchnikov, Notes manuscrites.
2 Millingen, ouvrage cité.
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